Quand les langues régionales font de la résistance, à l’échelle européenne


gaston_arpitan_langues_regionalesÉpisodiquement, on entend parler de la fameuse Charte des langues régionales ou minoritaires … Mais, qu’est-ce qui se cache derrière ce nom ronflant ? Pourquoi les milieux wallons tiennent-ils tant à ce que la Belgique ratifie ce document ? Quels enjeux réels se cachent derrière cette charte européenne ? Enwallondansletexte vous explique tout…

La charte européenne des langues régionales et minoritaires, pourquoi faire ?

En voici un nom bien long et pourtant bien complexe à définir…

Il désigne une convention créée en 1992 pour protéger et promouvoir les langues régionales, les reconnaissant comme un patrimoine culturel menacé qu’il s’agit de sauvegarder urgemment !
L’objectif principal de cette charte est donc avant tout culturel, sans revendication politique ou communautaire particulière.

En effet, une langue, ce ne sont pas que des mots… Derrière celle-ci se cache un mode de pensée, une idéologie, une façon de s’exprimer et … toute une culture : littéraire, bien sûr, mais aussi subliminal… La façon dont on s’exprime (et donc la langue qu’on emploie) trahit ce que nous sommes !

Saviez-vous que les langues sont l’espèce la plus menacée au monde ? D’après l’UNESCO, sans action concrète, quelques 6000 langues disparaitront complètement avant la fin du 21e siècle ! Et pourtant, alors qu’on comprend l’intérêt de sauver telle espèce animalière ou telle variété de plante, il est chaque fois nécessaire d’expliquer pourquoi il faut sauver une langue menacée…ECRML_fr

L’Europe a décidé de réagir en proposant un plan d’action à la fois précis et très permissif, en vue de l’adapter au mieux aux multiples réalités politiques, géographiques, économiques de chaque état qui accepterait de le ratifier.

Quelles sont les langues concernées par cette charte ?

Ce sont celles employées par des groupes minoritaires :

– Les langues régionales, c’est-à-dire celles parlées localement au sein de l’état, sans avoir  le statut de langue officielle (chez nous, le picard, le gaumais, le champenois, le wallon, le francique ripuaire, le luxembourgeois) ;

– Les langues minoritaires, parlées par des groupes ethniques de moindre importance.

La charte exclut toutefois les patois ou dialectes trop locaux (les différentes formes de flamand, dans ce cas, seraient considérés comme patois). Les définitions restent floues et c’est là où le bât blesse.

Quelles sont les actions imposées ?

Les états s’engagent entre autres à :

– reconnaitre les langues régionales en tant qu’expression de la richesse culturelle ;
– entreprendre une action de promotion de ces langues ;
– faciliter l’usage de ces langues dans la vie publique et dans la vie privée ;
– mettre des formes et des moyens d’enseignement adéquats ;
– promouvoir les échanges entre langues.

Dans les faits, la Charte propose un grand nombre d’actions que les états doivent entreprendre au moins 35 des actions proposées (détail de la charte ici). On retiendra les suivantes :

– prévoir des actions pédagogiques à tout niveau de scolarité ;
– prévoir l’étude de ces langues comme discipline universitaire ;
– Assurer l’enseignement de l’histoire et de la culture de la langue régionale ;
– la publication de textes officiels en langue régionale ;
– Assurer et encourager la création d’émissions radio et télé en langue régionale ;
– Encourager la production et la réalisation d’oeuvres audiovisuelles en langue régionale ;
– Créer ou maintenir un organe de presse dans la langue régionale ;
– Favoriser l’accès aux oeuvres écrites en langues régionales ;
– Mettre en place des services de traduction ;
– Favoriser les contacts transfrontaliers, ainsi que les actions transversales.

Cette charte n’est pas imposée aux états membres, mais s’ils s’engagent à la ratifier, ils doivent aussi s’engager à en suivre les propositions. À ce jour, la Belgique n’a toujours pas ratifié cette charte, aux contraires de ses voisins directs.

Le succès de la charte en Europe… Son échec en Belgique…

Les-langues-regionales-font-de-la-resistance_article_popinDe nombreux pays d’Europe ont ratifié la charte dès sa création… Certains se sont fait désirer. Au 16 décembre 2014, 25 des états de l’Union Européenne ont ratifié cette charte et proposé des mesures pour les langues minoritaires de leurs pays. La Belgique, quant à elle, ignore complètement le propos. Pourquoi ?

Malgré les espoirs portés par les multiples promoteurs des langues régionales en Wallonie, la ratification n’est pas prête de se faire. Elle est liée à la complexité des réalités politiques régionales et communautaires en Belgique : la Communauté française est largement favorable à la signature de cette Charte, d’autant qu’elle a déjà mis en place des décrets en 1983 et 1990, qui protège les langues régionales endogènes. Un Service des langues régionales endogènes a même été créé pour la cause. Les communautés flamande et germanophone, quant à elles, se désintéressent du problème, ne se sentant guère concernées par ces langues régionales. À ce jour, il semble que le gouvernement Flamand ne souhaite pas engager les débats dans ce domaine… et sans l’accord d’un des gouvernements de Belgique, le gouvernement fédéral ne peut guère s’engager…

L’enjeu principal reste la question de l’enseignement. En France, le Sénat s’est prononcé en faveur d’une modification de la constitution en vue de la ratification prochaine. Grâce à cette décision, l’enseignement du breton, de l’alsacien, du basque vont obtenir une valeur légale et un vrai coup de projecteur.
Chez nous aussi, c’est principalement la question de l’enseignement qui fait débat.. Enseignons.be le relate assez bien.. mais ce sera l’occasion d’un autre article, ici même.

Conclusions

L’intérêt de cette charte réside donc, non pas tant dans ce qu’elle propose, mais dans le fait qu’elle invite l’État à reconnaître officiellement les initiatives et à les encourager.
Ce qui freine l’adhésion de la Belgique n’est pas le contenu de la charte, mais plutôt une question politique… Espérons que les querelles communautaires belges permettront un jour de pouvoir offrir une vraie reconnaissance à nos langues régionales. Ainsi, les asbl qui continuent d’œuvrer et les multiples acteurs de la promotion pourront bénéficier d’un soutien encore plus large et de moyens mieux adaptés, au même titre que leurs homologues d’Europe.

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Une réflexion sur “Quand les langues régionales font de la résistance, à l’échelle européenne

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