À quand un refinancement de la dialectologie en Wallonie ?


Deux mois que vous êtes sans nouvelles… Nous sommes confus de tant d’attente…. Pour nous faire pardonner, voici un article en forme de revendication évoquant le rôle de l’étude du wallon à l’Université. En espérant qu’il ne reste pas lettre morte …

La plupart des locuteurs wallons ou picards connaissent l’existence d’ouvrages linguistiques (des dictionnaires ou des grammaires) qui décrivent leurs langues, mais ils ignorent complètement qu’il y a plus de cent ans que les langues régionales sont une matière enseignée et étudiée dans les universités belges, en section de langues et littératures romanes.

Dès 1890, Maurice Wilmotte, à Liège, inaugure la section de romanes. Il est aussi l’un des premiers professeurs universitaires à étudier le wallon. Son intérêt pour le wallon suscite des émules et de jeunes chercheurs, comme Auguste Doutrepont ou Jean Haust, se prennent d’intérêt pour leur parler régional.

En 1920, une double chaire d’étude du wallon est officiellement créée à Liège. Elle est confiée à Jean Haust, pour la dialectologie proprement dite, et à Jules Feller pour l’étude de la littérature dialectale. Les deux professeurs, par leur rigueur et par le souhait de s’investir dans la discipline, suscitent de nombreuses vocations. Progressivement, sous l’impulsion d’élèves de Haust et Feller, des cours similaires sont créés à Gand dès 1932, à Louvain dès 1938, à Bruxelles dès 1948, puis à Louvain-la-Neuve dès la création de l’université.

Plusieurs professeurs de renom se sont succédé à ces chaires : Louis Remacle, Rita Lejeune, Maurice Piron, Jean Lechanteur, Daniel Droixhe, Marie-Guy Boutier et Esther Baiwir pour Liège ; Eugène Ulrix, Louis Michel et Maurice Piron pour Gand ; Omer Jodogne, André Goosse, Willy Bal, Hugo Plomteux à Louvain ; Willy Bal, Jean-Marie Pierret, Jean Germain, Michel Francard à Louvain-la-Neuve ; Albert Henry, Jacques Pohl et Daniel Droixhe à Bruxelles.

Tous les départements ont montré leur valeur dans des projets aussi multiples que variés : édition d’ouvrages, d’anthologies, d’études linguistiques, étymologiques, morphologiques, et surtout une collection d’Atlas linguistiques, encore incomplète à ce jour, qui offrent une photographie aussi complète que possible des parlers de la Wallonie.
Ce dernier outil, s’il est moins connu du grand public, peut être comparé à un monument en cours d’élaboration (voyez le site internet de l’ALW). Il en est actuellement à la moitié, mais est suspendu faute de crédits…

Aujourd’hui, seules les universités de Liège et de Louvain-la-Neuve organisent encore des cours et possèdent des centres de recherches. Ces cours, malheureusement, sont menacés par les refontes incessantes des programmes et par les baisses de crédits alloués aux universités. Quant aux centres de recherches, ils ont du se fondre avec d’autres centres de recherche ou s’ouvrir à d’autres disciplines pour assurer leur survie. Aujourd’hui, faute de moyens alloués, l’étude des langues de chez nous ne constitue plus un domaine exclusif de recherche pour aucun des chercheurs belges. Le risque le plus grand est que le témoin ne puisse être transmis aux plus jeunes générations et que ce travail philologique de qualité et de renom soit désormais du passé.

Par ailleurs, il est étonnant de constater que l’université de Lille cherche à redynamiser son service d’étude de langue et de littérature picardes, avec l’engagement à durée indéterminée d’une nouvelle chargée de cours… À l’Université de Gand, 8 personnes sont engagées au service de dialectologie. En France, des centres dédiés exclusivement à la dialectologie existent à Grenoble, à Strasbourg, à Lyon, à la Sorbonne. En Suisse, un centre existe à Neuchâtel. D’autre part, en Wallonie, les crédits FNRS alloués au service de dialectologie wallonne de l’ULg ont cessé, les projets d’étude ont été réduits à peau de chagrin et les subsides ne suivent pas.

La dialectologie wallonne ne pourra plus compter longtemps sur la passion et les bénévoles. Il faudrait sans doute que nos décideurs politiques prennent conscience que la connaissance des langues de chez nous, permet également de développer une identité culturelle plus forte… Un point souvent évoqué dans les programmes de campagne, mais pas toujours bien pensé…

À méditer et … à partager !

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Ine saqwè à dîre ?

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